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Trad Magazine nr78 July/August 2001
Trad Magazine nr81 January/february 2002

Trad Magazine nr78 July/August 2001

Recette: Prenez un bon vieux de la vieille des musiques trad, ajoutez quelques jeunes musiciens fougueux, mélangez racines wallones et flamandes, allongez d'une bonne louche de France, épicez avec des parfums venus des quatre coins de l'Europe, laissez cuire à feu doux en y versant parfois une rasade baroque ou une bonne dose d'humour. Servez chaud ou froid, peu importe, l'effet sera chaud. Ce mets est susceptible de variations diverses à condition d'y inclure le plus systématiquement possible la saveur accordéonistique de Didier Laloy, un des ingrédients indispensables de ces gueuletons made in Belgique.

Deux disques compacts, coup sur coup, en l'espace de quelques semaines, viennent de réveiller une Belgique endormie sur son patrimoine, une Belgique qui a fermé ses musées et ses archives à double tour et qui regarde distraitement par dessus la frontière en quête d'exotisme. Encore que, sans entrer dans les détails sordides d'un pays qui s'est créé ses propres frontières intérieures, il serait faux de dire que toute la Belgique s'est endormie de la sorte. Les Belges du Nord, qui parlent et vivent leur culture flamande, sont plus actifs que jamais dans le domaine qui nous intéresse. Ce sursaut fait peut-être, d'ailleurs, partie d'un mouvement de résistance à la montée de l'extrême droite dans la même partie du pays. Espérons-le du moins. Ce qu'on pourrait appeler le nouveau folk flamand bat son plein. Les groupes éclosent, éclatent, se mélangent, s'amusent. Les jeunes et très jeunes musiciens se reproduisent comme des lapins. Les anciens sont toujours là, ceux qui firent le revival des années 70, et ils s'en réjouissent tout en poussant encore de la voix ou de l'archet. Les productions de disques intéressants se succèdent à une cadence rarement connue jusqu'ici. Non seulement du côté de cette jeunesse et de cette nouveauté mais aussi du côté du patrimoine, de l'histoire, du savoir, d'une population qui connaît son répertoire et est capable de le chanter et jouer magnifiquement bien. A titre d'exemple, on citera simplement une série de disques intitulés "Musique traditionnelle de Flandre ", rassemblant autour de diverses thématiques (huit disques à venir - trois ayant déjà vu le jour) les meilleurs chanteurs et musiciens, avec des enregistrements récents et non des pièces d'archives. Un exemple remarquable qui renvoie la partie francophone du pays dans le coin de la classe, bonnet d'âne sur la tête. C'est que si vous allez au sud du pays, il vous sera difficile de trouver le même travail en profondeur. Les initiatives y sont isolées, les subsides se baladent en d'autres sphères et le patrimoine traditionnel semble intéresser bien peu de monde, à moins qu'il ne s'agisse d'architecture ou de monuments. La musique de chez nous s'y joue dans les arrière-cours et les petites salles, oubliée, déchue, déconsidérée par tout un chacun. Parce qu'on s'imagine, sans doute, que cette musique en question en est restée à un folklore figé dans un passé aux couleurs jaunies. On la croit toujours cahotante sur des violons et des vielles hésitants et grinçants. Le folk des années 70 en avait amusé plus d'un, mais probablement simplement amusé. Il n'est qu'un public très restreint qui semble avoir compris que ces musiques aussi peuvent évoluer, que les musiciens d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier et qu'ils peuvent imprimer à des répertoires traditionnels un relief tout à fait actuel et dynamique.

Luc PILARTZ est certainement notre plus important maquisard des musiques de tradition. Ce bougre de violoniste et comemuseux sévit depuis plus de vingt ans dans un nombre de formules et de groupes qui ressemblent à un atlas historique de la Belgique: ARBESPINE, MAGONETTE et GENA, VERVIERS CENTRAL TRIO, PANTA RHEI, et aujourd'hui tout ce qui bouge, tout ce qui se fait en matière de musique vivante. Luc est un des membres de TRIO TRAD, de MUSIQUE À 9, de son groupe de violon populaire en Wallonie (à Saint-Chartier cet été), du groupe du chanteur grec PHOTIS IONATOS, du groupe galicien IALMA, du groupe folk-rock MAcRAHL. Prétendre les citer tous serait prendre le risque d'un oubli. PILARTZ se réjouit de cette effervescence, de cette explosion de groupes et de styles qui jouent par-dessus les frontières de tous genres. Et cette explosion en question est sans doute un signe d'un réveil de tout le pays. Tant il est vrai que les programmateurs s'ouvrent enfin à ces musiques, en ce compris les programmateurs de radio parmi lesquels il faut citer DIDIER MÉLON et son émission "Le Monde est un Village", un homme pour qui " l'exotisme commence chez nous" et qui entend défendre et promouvoir toutes les musiques du monde, y compris celles qui se jouent dans nos villages, villes et quartiers.

Dans cette mouvance soudainement positive, PILARTZ et son TRIO TRAD viennent enfin, après six ans de travail en commun, de sortir un disque. Luc au violon et cornemuse, AURÉLIE DORZÉE au violon et DIDIER LALOY à l' accordéon, ne s'embarrassent d'aucun préjugé. En amoureux des musiques et en instrumentistes exigeants, ils se sont bâti un répertoire de pièces européennes, de compositions (dont deux très originales d'AURÉLIE DORZÉE) et de quelques pièces classiques qu'ils s'aventurent à appuyer les unes sur les autres avec un sens étonnant de l'équilibre. Serbie, France, Scandinavie, Italie, un brin de musette, un air du Shetland, l'Irlande, la Transylvanie, les compositions inspirées de l'une ou l'autre tradition ou plus simplement de cet appétit musical partagé, tout se succède ou s'enchaîne avec un bonheur et un sens du son qui forcent le respect. Sur scène comme sur disque, les trois musiciens se suffisent à eux-mêmes et remplissent un espace que certains groupes de huit ou dix musiciens n'arrivent parfois pas à occuper. C'est sans doute le plus étonnant, cette entente parfaite, cette connivence entre les trois protagonistes, cette jouissance musicale manifeste. Il faut entendre les deux violons se répondre, s'échanger les rôles, s'épauler, s'aimer. ..et entre eux, derrière ou devant, omniprésent mais tellement juste, l'accordéon de LALOY qui semble souvent être celui qui jouit de l'amour des deux violons autant que de la partie à trois. On objectera peut-être que ces répertoires sont éculés, que beaucoup de musiciens de chez nous jouent des musiques de divers pays européens. C'est là précisément que la comparaison s'impose. Parce qu'on se perd souvent dans un excès de maniérisme ou, à l'opposé, dans une copie conforme de ce qui se fait ailleurs. Alors qu'ici règne un savant dosage entre personnalité et compréhension des musiques abordées. Une pièce scandinave sonne scandinave comme une pièce de Transylvanie affiche immédiatement ses origines; mais sans jamais tomber dans une espèce de plagiat, parce que l'esprit TRIO TRAD parvient à s'imposer. Parce que, peut-être, en caricaturant, pourrait-on dire que ce groupe est un tiers "tsigane" avec PlLARTZ, un tiers "classique" avec DORZÉE et un tiers "rock" avec LALOY. Une comparaison qu'il faut situer au niveau de l'image, du feeling, de la façon. Pour vous en convaincre, écoutez simplement ce disque où l' on passe de danses nuptiales de Transylvanie à une plainte de Couperin. C'est possible parce que les musiciens en sont capables, tout simplement!

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Trad Magazine nr81 January/february 2002

Luc Pilartz, Aurélie, et le droit d'accès à toutes les fontaines

Dans la vie et les musiques de Luc PlLARTZ, les trains et le voyage sont omniprésents. Verviers, grande gare, lieu de passages, de rêves de périples, de départs, de retours... Les musiques attrapées par Luc se déplacent dans l'espace ( surtout depuis les Balkans et l'Irlande jusqu'en Belgique) et dans le temps ( musique baroque, répertoires de contredanses, compositions contemporaines ). Placé au centre de ce qui lui arrive d'un peu partout, Luc gère le trafic musical en orientant, dans un triage tolérant et enthousiaste, les wagons qui alimentent son univers. Il défend les répertoires manuscrits des violoneux, les aimant et les jouant, avec Aurélie, à leur manière.

Entre rock, classique et trad

A 15-16 ans, Luc Pilartz est mordu de hardrock, il écoute DEEP PURPLE, LED ZEPPELIN, YES. ..Vers 1988, il reçoit un véritable choc en voyant jouer un violoniste folk, cheveux longs, tout un univers. .. Pas de place à la guitare dans son groupe. À 16 ans, il s'achète un violon "taillé au couteau", russe. Il tend l'archet et essaie: aucun son! Il reporte sa reconversion. Quelque temps plus tard, il découvre la colophane. Et ça change tout ! Après avoir entendu LES PELETEUX et RENÉ HAUSMAN, il va à Verviers chercher des disques et, sur les conseils de la marchande, il repart avec un MALICORNE, et plus tard avec LA BAMBOCHE. Il rencontre NOËL WARNIER, qui fait des épinettes et s'essaie à la vielle et qui travaillera avec RÉMY DUBOIS. Mais autant s'y coller sérieusement! Il s'inscrit à l'Académie où il est brutalement confronté avec son mentor académique, MME COCHE. "Tu veux apprendre, dit-elle, on va t'apprendre ! " Du travail méthodique et exigeant. En même temps, Luc joue avec RENÉ HAUSMAN, avec RAYMOND, de la musique traditionnelle. Il participe à Magonnette et Géna, Arbespine, de son village, l'un des premiers groupes. Il joue de la cornemuse en duo avec NOËL. Il participe en 79 à Lu GAW, groupe de danse et de musique traditionnelle wallonne. Dans un festival, en Algérie, il croise CLAUDE et LOU FLAGEL (avec l'ensemble RONDINELLA). Parallèlement aussi, en 78-79, il découvre le baroque et BACH particulièrement, dans un petit café à Orval. Pour rentrer chez lui, il fait du stop et monte dans une BMW. Une K7 d'ARTHUR GRUMIAUX défile, multipliée par une sono formidable. Coup de foudre! Après, Luc se met à écouter quantité de choses : CHOSTAKOVITCH, CORELLI, autant que BOTHY BAND (mais là il a du mal à tout "piger"). ..

Jamin et l'univers des contredanses...

Par l'intermédiaire de MARC MALEMPRÉ et de CLAUDE FLAGEL, en 79, Luc récupère une photocopie du cahier manuscrit du violoniste de bal JAMIN, ainsi qu'un autre recueil de danses. Il joue un peu ces airs, comme ça. Mais quelque temps après, seul, il se décide à travailler ces mélodies. Il y a vraiment là un répertoire énorme et passionnant. Pour les ornementations, Luc utilise son "arsenal" personnel. On a assez peu de données à ce sujet. Dans son groupe d'alors, il place souvent des pièces de JAMJN .Et déjà il y ajoute des épices au goût de Balkans. ..Ah. ..VERVIERS CENTRAL, né en 85, avec CHARLY et RAYMOND, durant 3 ans, cela reste inoubliable, notamment le charme irrésistible ressenti sur la grande scène de St- Chartier, alors que tout le monde s'apprêtait à faire un sort à ces petits Belges !... Quel retournement après que Luc eut joué -sacrilège vite converti en miracle -un regret, puis que le trio ait fait entendre contredanses et autres amoureuses. .. Les choses ont alors bien avancé pour Luc, qui est reconnu. Il donne stage de musette à soufflet en la-ré aux Académies Wallonnes d'Été de Neufchâteau, mais aussi à Borzée ou Galmaarden.

L'aventure Panta Rhei

LUC entreprend alors, en 91 , avec JEAN-CHRISTOPHE RENAULT, une création autour du texte de DANTE sur l'Enfer, avec ténor, violon, guitare, contrebasse et piano. Un spectacle qui tourne depuis la Belgique. ..jusqu'à Lourdes. Et qui ne fut pas enregistré, ce que Luc regrette. Il joue aussi au Mans, dans la Sarthe, et participe à divers duos, en 88 et 89. En 93 se joue une autre étape décisive, avec la création de Panta Rhei. Luc avait rencontré Steve Houben dans les milieux du jazz. Le groupe est vite connu. Tournées, concerts. ..une belle tranche de vie! de la musique et du plaisir! Jouer avec José Van Dam, avec concert au Théâtre de la monnaie en 97 , ainsi qu'à la cathédrale de Bruxelles, lors du noël 98 (PANTA RHEI, des arrangements pour la voix de baryton, des duos avec l'organiste BERNARD FOCCROULE...). Parallèlement, Luc joue de l'irlandais avec SEAN TALAMH (devenu aujourd'hui SEAN TALA).

Le duo avec AURELIE DORZÉE fait ses débuts, entre classique et autres domaines, avec des musiques traditionnelles, baroques et du XXème siècle. Ils se sont rencontrés grâce à PANTA RHEI. Ce qu'ils appellent, d'un commun accord, " un coup de foudre à retardement. " Des discussions incitent, avec DIDIER LALOY, à ouvrir le répertoire, en duo, puis en trio avec AURÉLIE, ce qui mène au rapprochement baroque- traditionnel-contemporain - Balkans (TRiO TRAD). PANTA RHEI, malgré quelques petites frictions, reste la priorité de Luc, jusqu'à l'arrêt de 1999. La reprise se fait sans lui. Calme plat et un soupçon de doute

Regain et récurrence

En 99, Luc joue avec IALMA, un ensemble de chanteuses galiciennes. Ensuite, le temps et le travail s'accélèrent, comme s'il y avait, après une période de doute, une récolte naturelle de toutes les graines semées, de toutes les expériences tentées. ..2000-200 I sont placées sous le signe d'une activité musicale débordante, avec TRIO TRAD, qui continue (y compris avec CARLOS NUNEZ) ; avec MUSIQUE À 9 (formé en 2000, avec piano, 3 violons, tuba, sax, clarinette, percus et chromatique;depuis le départ du diatonicien DIDIER) ; avec PHOTIS IONATOS (guitare-chant, plutôt de style rebetiko) ; avec, depuis 2000, URBAN SAX, beaucoup plus électrique: basse, batterie, guitare acoustique, guitare électrique, chanteur-chanteuse, diatonique, cornemuse, violon, flûte/cornemuse. Les trains de VERVIERS CENTRAL réapparaissent dans les trames musicales d'URBAN SAX, qui reste cependant une musique plutôt "tendance", Dans les soirées " Le Monde est un village ", Luc apparaît avec presque toutes les formations où il joue (PHOTIS, URBAN, TRIO TRAD, MUSIQUE À 9). L'an prochain, en avril, sortira chez un éditeur flamand (parallèlement à TRiO TRAD) un CD qui découle plus ou moins directement de la découverte des recueils, Violon Populaire en Wallonie, avec des solos, des duos (avec guitare, accordéon...) et quelques morceaux d' ensemble.

Le point central, gare rêvée, qui s'organise autour des recueils anciens de contredanses, permet à Luc d'associer ce qu'il fait à ses utopies musicales, avec le désir de retrouver sons et phrasés de viole de gambe à la cornemuse, avec le plaisir de retrouver régulièrement les bourdons. " J'suis pas musicologue, dit-il en toute simplicité, ,j'suis musicien, j'essaie d'appréhender à la fois une certaine vérité et ce que je sens..."

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